Mesurer sa prise de risques

Article publié initialement, le 28 mai 2019, par le site de la revue Face au Risque.

Article co-écrit par Olivier HASSID et Alexandre MASRAFF.

Que le parc de Pendjari au Benin ait été en zone rouge ou jaune sur la carte du ministère des affaires étrangères n’a que peu d’intérêt en soit. La sécurité du voyageur ne peut se limiter à la consultation de la carte de « conseil aux voyageurs » avant son départ, quelle que soit la destination.  Cette carte et plus globalement les fiches-pays qui l’accompagne sont évidemment une étape incontournable. Qu’il soit en déplacement d’affaire ou d’agrément, le voyageur doit se livrer à une réflexion que les professionnels appellent analyse de risques. Il doit évaluer ces risques par rapport à son cas particulier.

Trop souvent, le voyageur occasionnel oublie que voyager, c’est se projeter dans un environnement nouveau et différent où les usages, la culture du risque, les risques, les moyens de prévention et de secours sont différents. Les risques se classent en trois catégories : risque naturels, risques sanitaires et risques sécuritaires. Pour chacun d’entre eux, le voyageur doit tenter d’évaluer sa propre vulnérabilité et les conséquences en cas de survenu. Quand on se prépare à un safari en Afrique, cela signifie par exemple vérifier si on se situe en saison des pluies, comme c’est le cas actuellement en Tanzanie. Le risque est de se retrouver enlisé sur une piste au milieu de nulle part, au mieux, d’avoir un accident sans espoir de secours, au pire. Le risque sanitaire fait référence à son état de santé par rapport aux spécificité sanitaire de la destination. Est-il assez bon pour faire face à un environnement microbien différent ? Mon état de santé est-il compatible avec les services médicaux disponibles dans le pays ou faudra-t-il considérer une évacuation sanitaire vers un pays tiers ? Dans certains pays, il n’y a pas d’hôpital répondant au standard occidental. Le traitement du risque sécuritaire est plus complexe. Il englobe aussi bien la criminalité de droit commun que le terrorisme.  Il nécessite une mise en perspective et une projection dans l’environnement local. Il faut analyser les scénarios d’agression en se positionnant comme cible (c’est le cas d’un vol à la tire ou d’un enlèvement) puis comme dommage collatéral (c’est le cas lors d’une attaque d’hôtel). Il faut aussi comprendre qu’en étant français parmi des français en France, on ne présente pas le même attrait que lorsqu’on est le seul blanc dans un pays où votre smartphone à lui seul représente plus d’un mois de salaire et votre enlèvement au mieux une rançon qui fera vivre plusieurs familles pendant plusieurs mois.

Ainsi, en fonction de la saison, de son état de santé et de son expérience du voyage et de la destination, le voyageur averti prend-il sa décision de voyager. Le touriste a pour lui deux avantages que n’a pas le voyageur d’affaire. Une agence de voyage qui peut lui apporter cette expertise s’il pense ne pas l’avoir et la capacité de subsidiarité du déplacement. Si je ne peux pas aller faire mon safari au Bénin, je peux aller en Afrique du Sud ou en Tanzanie. Les performances des destinations touristiques de ces dernières années montrent bien ce report au gré de l’actualité.

Enfin, le voyageur averti anticipe le pire. Dans la majorité des situations, c’est l’effet boule de neige qui mène à la catastrophe. Pour l’éviter, il y a deux éléments majeurs. D’une part, la capacité d’avorter un projet, de revenir sur ses pas, de revoir son programme pour éviter des risques est essentiel. Il est couteux car il induit un renoncement et pas définition, l’ennui évité ne sera jamais quantifié. Les parapentistes le formulent ainsi : mieux vaut regretter d’être resté au sol que regretter d’être en l’air. D’autre part la capacité à alerter. Grâce à internet dont le réseau s’étend de plus en plus profondément en brousse, et aux applications comme WhatsApp, il est possible de mettre en place à moindre coût un protocole de jalonnement qui permettra à un proche resté au pays de déclencher une alerte en cas de besoin.  En cas d’accident, le délai de déclenchement de l’alerte est primordial.

La liberté de mouvement et de décision dont nous jouissons en France doit s’accompagner d’une prise de conscience quant à la responsabilité de tout un chacun sur ses choix. Le ministère des affaires étrangères émet à juste titre des recommandations car une interdiction serait inacceptable au regard des libertés individuelles. Il permet d’être alerté en temps réel grâce à son service Ariane. Peut-être pourrions-nous souhaiter une présence accrue de ce ministère sur les réseaux sociaux et une interaction plus simple entre voyageurs et professionnels du ministère, mais cela ne changerait pas la donnée essentielle qui est que le voyageur doit vouloir s’informer et savoir renoncer à un projet quand la raison l’emporte le lui commande.

 A très bientôt !  

2019-06-07T17:55:07+00:00